L’orgasme n’est (peut-être) pas une fin en soi
L’orgasme.
Je crois qu’on court toutes après.
Personnellement, si je suis honnête, c’est ce que je fais encore. À moindre échelle.
Je me souviens avant : j’avais l’impression qu’un rapport sans orgasme ne valait pas le coup. Je le voyais vraiment comme le Graal, comme un indispensable.
Même pendant, je ne pensais qu’à ça.
« Quand est-ce que ça arrive ? »
En réalité, une fois que j’ai découvert ce que ça faisait, ça a été difficile de m’en passer. De ne pas le chercher.
Mais j’ai eu l’électrochoc quand l’autre fois, j’ai entendu une femme dire « Ce n’était pas incroyable, je n’ai pas eu d’orgasme ».
J’ai trouvé ça triste. Parce que je suis convaincue que ça ne veut rien dire.
Je suis convaincue qu’on a encore posé une nouvelle règle « avoir un l’orgasme » dans laquelle on s’enferme.
Ça peut être incroyable, sans avoir un orgasme.
Et je vais même aller plus loin : de temps en temps, c’est même mieux de ne pas en avoir, pour pousser le plaisir encore plus loin. Plutôt que de s’arrêter net après le pic.
Ça permet d’explorer de nouvelles sensations, de nouveaux ressentis.
De rentrer dans un état orgasmique, plutôt que de chercher le pic orgasmique.
Être à la limite, constamment.
D’autant plus qu’en tant que femme, l’orgasme ne se fait pas sur commande.
Il dépend de tellement de paramètres.
De notre humeur, de notre cycle menstruel, de notre fatigue, de notre charge mentale… et même des horaires. Par exemple, je sais que personnellement, le matin, c’est difficile d’en avoir. Mon corps n’est pas réveillé.
Car ce n’est pas mécanique.
Il n’y a pas de recette magique.
Elle est différente selon chaque femme, et elle change selon nos sensibilités du moment, selon notre cycle, selon notre humeur… C’est de l’adaptation constante.
J’ai longtemps trouvé ça « chiant », je crois maintenant que je trouve ça beau. Cette rareté, cet équilibre constant à rechercher. Cette écoute intuitive de notre corps, changeant et cyclique, nécessaire pour explorer toutes les parts de notre plaisir.
Et puis je crois que l’orgasme, c’est avant tout se laisser pleinement aller.
Mais comment est-ce possible si on se met la pression ?
Si on force notre corps à ressentir telle forme de plaisir ?
C’est totalement antinomique.
Et comment s’attendre à ce que ça arrive de suite ? Sans connaître la personne. Sans être pleinement à l’aise avec elle.
Je ne dis pas que c’est impossible, je dis juste que c’est - à mon sens, plus rare et plus difficile.
Je crois qu’en tant que femme, c’est important de se sentir en sécurité avec la personne en face, pour se laisser aller.
Sentir qu’elle gère, sentir qu’elle a les épaules pour nous porter.
Sentir qu’elle sera là pour accueillir notre plaisir. Qu’elle n’est pas uniquement là pour prendre son plaisir, mais aussi pour en donner.
Et puis je crois aussi que l’orgasme est, en grande partie, une question de sentiments. Plus ils sont forts, plus l’orgasme est facile et rapide. Parce que ce n’est pas que physique, mais aussi et surtout émotionnel (spirituel, aussi).
C’est une histoire de connexion avec l’autre en face.
Et quand on l’aime, je crois que ça décuple tout.
Je crois profondément que le chercher est vain. En tout cas, à chaque fois que je le fais, c’est exactement de cette façon qu’il ne vient pas.
C’est quand je lâche, quand je me dis « profite » et quand je n’y pense pas, qu’il arrive.
Parce que je n’ai plus aucune attente.
Parce que je lâche mon mental et que je me laisse porter.
C’est facile à écrire, bien plus difficile à faire, je sais. Néanmoins, c’est vraiment ce que j’ai remarqué.
Je trouve ça dommage à quel point nous avons, encore une fois, ramené cette notion de productivisme dans notre intimité.
Ces règles, ces injonctions à l’orgasme, ces barèmes : « Si je n’ai pas eu d’orgasme, alors ce n’était pas bien ».
Honnêtement, je crois que c’est parfois bien de ne pas en avoir.
Pour justement se rappeler à quel point c’est incroyable quand on en a.
C’est un peu comme la météo : heureusement qu’il fait parfois froid pour nous rappeler à quel point c’est agréable quand il fait chaud.
J’espère que cet article vous a plu et surtout a pu vous libérer de cette pression que l’on se met : en tant que femme, pour recevoir l’orgasme ; en tant qu’homme, pour le donner.
Un sujet que l’on garde intime et dont on parle peu, mais qui pourtant nous concerne toutes et tous.
Je vous embrasse fort,
À mardi prochain,
Florine