Je fais une pause d’intimité : mon cheminement vers la réappropriation de mon corps (et de moi-même)
Aujourd’hui cet article sera plus spécial. J’y aborde un sujet dont je n’ai jamais osé parler, en tout cas pas publiquement : l’intimité.
Mes proches me lisent, ma famille me lit, alors c’est un vrai challenge d’écrire ces lignes. Car en plus d’être un sujet tabou dans la société, c’est à mes yeux un sujet qui relève de mon intimité profonde et dont je parle peu de manière générale.
Mais comme à chaque fois, je me dis que peut-être, en vous parlant de mon expérience, vous pourrez trouver des réponses. Peut-être que ça pourra vous parler, résonner, voire vous aider.
Alors j’ai décidé d’en parler. Coûte que coûte.
J’ai eu ma première relation intime à 14 ans. C’est jeune, en effet. Et jusqu’à mes 27 ans, j’ai eu de l’intimité. Avec mes compagnons respectifs, mais aussi avec d’autres garçons lorsque j’étais plus jeune. J’ai récemment fait le calcul, et en 13 années d’intimité, mon abstinence maximale était de 3 mois. Lorsque mon copain était en Erasmus, je crois.
“Mon dieu”. C’est ce que j’ai pensé, en voyant ces chiffres.
Aujourd’hui, à l’heure où j’écris ces lignes, cela fait bientôt 4 mois que je suis séparée. Et avec le peu de recul que j’ai, qu’est-ce que ça me fait du bien, de ne pas avoir d’intimité.
Dès la fin de ma relation, j’ai su qu’il était temps de faire une pause. Pour me recharger, pour me réparer. Je n’avais aucune envie de me mettre sur les applications ou de sortir pour rencontrer quelqu’un dans le but d’avoir de l’intimité. C’est souvent une technique, pour oublier son ex et avancer. Pour penser à autre chose, se vider la tête et moins déprimer.
Je n’avais déjà pas envie d’un pansement, et encore moins de cette façon. Pas que je ne l’ai jamais fait. Mais pas cette fois-ci. Cette fois-ci, j’ai senti que c’était différent.
Depuis que je suis célibataire, peut-être cela vous l’a-t-il déjà fait, je ne veux plus d’intimité. J’ai l’impression d’avoir besoin d’un temps d’abstinence pour me recharger. D’un temps rien qu’à moi, sans que l’on vienne pénétrer mon intimité.
Je crois que beaucoup de nos blessures les plus profondes, en tant que femmes, se situent à cet endroit-là. Depuis que j’ai fait ce choix, j’ai l’impression de nettoyer mes relations passées. De me débarrasser de l’emprise que ces hommes ont laissés.
Une emprise énergétique, une emprise physique. Ce n’est pas rien, d’avoir de l’intimité avec quelqu’un. Ça crée inévitablement un lien, un lien dans l’intime et le subtil qui laisse des traces émotionnelles.
Et je n’avais jamais pris le temps de nettoyer, de me laisser du temps, de me laisser reposer. À tel point que mon intimité était devenue surchargée. En couple pendant de nombreuses années, elle avait l’habitude d’être active, pas par obligation attention mais par envie. Ça envoyait néanmoins le même message : tu ne t’arrêtes jamais.
Depuis que j’ai fait ce choix, j’ai l’impression de me réapproprier cette partie de mon corps. Pendant des années, je réalise qu’elle n’a été mienne qu’en partie. Parce que je n’étais pas assez consciente de la valeur qu’elle avait.
Je comprends seulement aujourd’hui tout ce que cela implique, d’être en intimité avec une autre personne : ça crée un lien avec l’autre, ça prend de l’énergie, ça signifie donner une partie de soi, une partie de son âme à l’autre.
Je n’avais tellement pas conscience de tout cela. Je le percevais uniquement comme un acte physique, rien de plus. Je réalise aujourd’hui que c’est avant tout un acte émotionnel et spirituel.
En faisant ce choix, j’ai décidé de préserver mon énergie. De la mettre dans autre chose : ma créativité, mes projets, mes loisirs… Pour me donner le temps d’expérimenter et vivre autre chose, en dehors de l’intimité.
Mon rapport aux hommes guérit. Mon corps se guérit seul, je sens qu’il fait un travail de nettoyage profond. Je me nettoie de cette empreinte dans toutes mes cellules.
Mon rapport à mon propre corps guérit. Depuis plusieurs mois, je le vois, mon regard sur lui a changé. Je le chéris, je le respecte plus. Je me rends compte de sa valeur et de ce que l’offrir signifie.
En tant que femme, je réalise que nous sommes si peu à avoir conscience de notre place. Dans l’intime, nous sommes le réceptacle. Nous accueillons l’homme, nous le réceptionnons. Avec l’homme que l’on aime (ou non), c’est généralement beau.
Mais toutes les fois où l’on se force.
Toutes les fois où nous le laissons décharger sa colère et sa frustration.
Toutes les fois où nous avons mal, parce que nous ne sommes pas prêtes, parce que nous sommes fatiguées ou parce que nous pensons à autre chose.
Toutes ces fois-là, nous prenons quand même. Et nous le gardons en nous.
Nous ne nous rendons pas compte de ce qu’une telle intimité implique. J’ai lu que nous restons connectées à notre partenaire intime 6 mois après le rapport.
C’est-à-dire que même si je ne vois plus cet homme, je peux encore ressentir ses émotions. Je peux ressentir sa colère qui ne m’appartient pas, sa tristesse qui ne m’appartient pas… C’est lourd à porter, une telle connexion.
Mais je comprends mieux pourquoi, petit à petit, j’ai vraiment la sensation de me régénérer. Parce que c’est vraiment ce qu’il se crée : je me débarrasse des émotions de mon ancien partenaire.
Ça pourra peut-être paraître anodin pour certaines, mais pour moi c’est une réelle expérience de réappropriation de mon corps, de mon être.
Ce n’est pas juste une pause “pour faire une pause”, mais une façon de me connecter encore plus à moi-même, et de me retrouver plus profondément.
C’est une façon de dire non à l’autre pour me dire oui à moi.
C’est une façon de ne plus me laisser polluer par l’extérieur et de me concentrer uniquement sur mon intérieur, pour un temps.
J’espère profondément que ces mots auront résonné chez vous. Que vous soyez ou non dans cette situation, je suis persuadée que nous avons toutes ressenti cela au moins une fois dans notre vie. C’est un gros sujet, un lourd sujet, dont nous parlons peu. Nous restons seules de notre côté pour vivre notre intimité, alors que c’est en mettant des mots dessus que nous pouvons, je pense, cheminer vers une intimité plus épanouie et apaisée.
Je vous embrasse fort.
À mardi prochain,
Florine