Mon histoire en tant que dépendante affective : des insultes à la libération

Un grand mot. Que l’on entend partout. On a l’impression que tout le monde, ou presque, est dans la dépendance affective. Au point que ça ne veuille plus dire grand chose, aujourd’hui. 

Pourtant, j’en suis persuadée, ça concerne beaucoup, beaucoup, d’entre nous. On a seulement désacralisé ce mot. On l’a rendu banal. Alors qu’il est tout, sauf ça. 

Depuis des années, j’entends dire que c’est quelque chose à éradiquer. Qu’il faut que j’apprenne à être autonome, indépendante, à n’avoir besoin de personne. À ce que ma relation amoureuse soit la cerise sur le gâteau, pas plus, pas moins. 

Je suis intimement convaincue que le fond est bon : s’aimer soi, avant tout. Respecter ses besoins, ses limites, ses valeurs. Ne pas se compromettre pour l’autre. 

Mais je crois de plus en plus que nous sommes allés trop loin.

Je crois que la dépendance affective prend des formes différentes, selon chacun.e. Personnellement, elle se manifeste par une peur d’être seule.

Il y a 7 ans - ça commence à faire longtemps, je ne pouvais pas rester seule un week-end sans faire une crise d’angoisse. Lorsque mon copain partait en vacances, sans moi, je me sentais abandonnée. Laissée sur le bord de la route.

J’avais l’impression de me faire quitter. L’impression qu’il choisissait quelqu’un d’autre, mieux que moi, plus drôle que moi, plus intéressant que moi.

Le week-end sans lui était horrible : je ne savais pas quoi faire, sans lui. Je me sentais vide, transparente aux yeux du monde. Je faisais tout pour voir des copines, n’importe laquelle, pourvu de ne pas être seule. Pourvu de ne pas me retrouver face à moi-même. Mais c’était impossible.

Alors, dès que je me retrouvais, ne serait-ce que quelques instants, seule, j’angoissais. Soit je pleurais, soit je tremblais. Je ne mangeais plus. Je n’avais le goût de rien. Juste, j’attendais. J’attendais son retour, pour reprendre une bouffée d’air frais. 

C’est comme si ma vie se mettait sur pause, le temps de son absence. Comme si tout mon corps se mettait en mode survie, le temps qu’il revienne. Je ne le voyais pas, ce mécanisme. C’est en étudiant la thérapie, que j’ai compris.

J’ai compris que mon cerveau était tellement traumatisé de ce que j’avais ressenti comme un abandon dans le passé, qu’il se mettait directement en « off » pour ne pas revivre cette douleur. Pour lui, inconsciemment, un nouvel abandon signifiait mourir. Et c’est ce qu’il essayait d’éviter.

Tout, sauf se faire à nouveau abandonner. Tout accepter, même les insultes, mais surtout ne pas se faire quitter. 

Et c’est à partir de là, je crois, qu’on ne s’écoute plus. Parce que c’est là, que c’est devenu dangereux. Je faisais passer mes envies, mes besoins, mes désirs, après ma relation. J’ai accepté des propos toxiques, des comportements malsains, juste pour ne pas me retrouver seule. Je préférais me faire rabaisser et me sentir écrasée, plutôt qu’être abandonnée. 

Et pourtant, je suis convaincue qu’une relation de dépendance affective, ça se fait à 2. 

Parce que déjà, je l’ai été, moi aussi, toxique. Moi aussi, j’ai eu des comportements toxiques, possessifs, contrôlants. C’était un cercle vicieux. 

Et puis, c’est ma psy, un jour, qui m’avait dit ces mots : « tu es peut-être dépendante de ton partenaire, mais ça signifie que lui aussi, est dépendant de toi. L’un ne va pas sans l’autre. Il est dépendant de ta dépendance. Du contrôle qu’il a sur toi. Le jour où il ne l’aura plus, la relation évoluera ou se terminera ». Elle avait vu juste. 

Ça peut être culpabilisant et victimisant, de se voir comme une personne dans la dépendance affective. Mais se rappeler que l’autre l’est aussi, est libérateur, je crois. 

L’autre est dépendant du pouvoir qu’il exerce sur nous. De cette sensation d’être irremplaçable, indispensable, pour nous. C’est ce qui le fait tenir dans la relation. 

Il ne le fait sûrement pas consciemment, loin de moi l’idée de dire que c’est un monstre. Ce sont juste des mécanismes inconscients. Peut-être qu’il a manqué d’amour dans son enfance, peut-être qu’il a une revanche à prendre et a besoin de se sentir important. Il y en a des centaines, d’explications. 

Je ne crois pas qu’il y ait le connard d’un côté et la pauvre victime de l’autre. Je crois que les deux y trouvent leur compte, d’une certaine façon. Inconsciemment. C’est en tout cas mon expérience. 

J’aimais être dans une relation fusionnelle, passionnelle mais dépendante. J’aimais ne voir que par lui. J’aimais avoir besoin de lui pour avoir l’impression de vivre. C’est avec du recul, que j’ai compris. 

Et puis, encore une fois, je préférais ça plutôt qu’être seule. Alors je l’ai accepté. 

Mais c’était aussi ma responsabilité, de ne pas aimer être seule. Ça fait 7 ans, et je ne suis toujours pas à l’aise avec ça. Ça ne m’angoisse plus, ça ne me fait plus accepter n’importe quoi et n’importe qui, mais ça me stresse toujours.

J’y pense, en trame de fond. « Et si tu ne retrouves personne ? ».

Comme quoi, les choses prennent du temps. J’ai eu beau faire des dizaines de séances de thérapie, ça a pris du temps. Et surtout, ça m’a demandé d’être seule, dans la vraie vie. De passer du temps avec moi-même, et d’apprendre à l’apprécier. De passer dans le concret. Et de sortir de ma tête. 

Néanmoins, je crois profondément qu’on a dramatisé la dépendance affective. Qu’on l’a poussé à son extrême

  • Tu ne dois pas être dépendante de quelqu’un

  • Ta relation doit être la cerise sur la gâteau 

  • Tu ne dois pas avoir peur qu’il te quitte, car ça ne devrait rien changer dans ta vie  

  • …et j’en passe.

Ces injonctions, j’ai l’impression que ce sont des réactions à la douleur ressentie lorsque l’on sort d’une relation de (forte) dépendance. « Plus jamais ». C’est ce que je me suis dis, moi aussi. Alors j’ai mis des barrières. Pas d’enfant, pas de mariage, pas de passion. Tout ça pour rester libre, pour éviter - justement, cette dépendance à l’autre. 

2 ans plus tard, je crois comprendre que c’était un mirage. Quelque chose que je m’étais fait croire. Un mécanisme de protection. 

Je ne crois pas qu’on puisse s’en moquer que quelqu’un nous quitte, si on l’aime profondément.

Je ne crois pas qu’on ne puisse pas se projeter avec la personne que l’on aime.

Je ne crois pas que l’on puisse être complètement détachée et insensible si l’on venait à être séparés.

Je crois que c’est normal, que l’autre nous manque. Que l’on veuille le voir. Que l’on veuille partager des moments avec lui. Que l’on préfère même, parfois, être avec lui. 

Et je ne crois pas que ce soit un problème. Parce que je crois que c’est juste ça, aimer quelqu’un. Il y a forcément une forme de dépendance. Mais une dépendance saine. Une dépendance indissociable de l’amour. Je ne crois pas que l’amour puisse être complètement détaché. En tout cas pas dans mon monde. 

Lorsque j’ai des sentiments, amoureux ou amicaux, j’ai hâte de voir la personne, de partager des moments avec elle. Et si la relation venait à se terminer, je souffrirai. 

Parce que c’est inévitable. Et ce n’est pas mal. Ce n’est pas le signe que ce n’était pas sain. C’est juste le signe que c’était réel. 

Moi aussi, j’ai essayé d’éviter de souffrir, après cette relation. Mais ces barrières nous éloignent seulement de ce que l’on veut vraiment. 2 ans après, elles commencent enfin à tomber. J’accepte enfin le fait d’être passionnée, quand j’aime quelqu’un. De me projeter, de vouloir partager, de vouloir construire quelque chose, de vouloir me marier, de vouloir avoir des enfants.

Au risque que ça ne marche pas. Au risque que ça me fasse souffrir. Au risque que ca me détruise.

Mais n’est-ce pas ça, la vie? 

Aujourd’hui, je ne me sens plus dépendante, je me sens vivante.

J’espère que ces mots auront pu résonner chez vous, vous éclairer, vous déculpabiliser, vous libérer. C’est encore un chemin en cours de mon côté - être indépendante affective. C’est un long chemin, qui demande du temps, de la patience et beaucoup de compassion pour soi-même. Mais jour auprès jour, je vois la différence. Il y a deux mois à peine, je stressais de passer le week-end seule. Aujourd’hui, je l’attends avec impatience. J’apprends à me créer des moments seule, de qualité. À partager des moments avec moi-même. Et quelle liberté, quel espace cela crée.

Je vous embrasse fort.

À mardi pour un prochain article,

Florine

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