Je suis toxique en couple

La semaine dernière, je vous partageais mon chemin avec la dépendance affective. Un chemin qui n’a pas été un long fleuve tranquille et qui, je pense, n’est pas fini. 

Comme je vous le disais, j’ai la sensation qu’il y aura toujours une part de dépendance. Je la vois comme quelque chose d’indissociable à l’amour. Je ne conçois pas une façon d’aimer sans être triste que cette personne me quitte. « La cerise sur le gâteau », je n’arrive pas à voir l’amour comme cela. Parce que pour moi, il est bien plus que ça. 

Alors peut-être suis-je encore dans la dépendance, je ne sais honnêtement pas. Néanmoins, ce que je ressens au plus profond, c’est cette envie de désacraliser certaines parts de nous devenues taboues, devenues honteuses. À l’heure où tout comportement qui sort du droit chemin est considéré comme toxique. 

Loin de moi l’idée de les banaliser, encore moins de les pardonner. Mais je crois néanmoins, profondément, que nous avons presque tous des parts toxiques en nous. Et que les nier, les cacher sous un tas de belles façades, ne changera rien.

Parce que je suis convaincue que c’est juste humain. Et que ça ne signifie en rien que nous sommes incapables d’être dans une relation amoureuse saine. Les deux ne sont pas indissociables. 

J’ai été dans une relation toxique, pendant plusieurs années. Je vous en ai déjà parlé. Les insultes, le rabaissement, la possessivité maladive, l’éloignement de mes proches. Tout cela, bien entendu, n’est pas cautionnable ni tolérable. Et jamais, au grand jamais, je ne poserai des mots pour le banaliser. 

Mais j’ai remarqué quelque chose. Ça me tue de l’écrire. Ça me tue de l’admettre. Mais c’est bel et bien vrai. J’ai été toxique, et le serai peut-être encore. 

Dans cette relation malsaine passée, j’ai été très jalouse. Très possessive. Au point de fouiller dans ses messages. Au point de faire des scènes dès qu’il voyait ses amies. Au point de lui demander de supprimer certaines personnes qu’ils suivaient. Je savais que c’était mal et pourtant, je le faisais. C’était plus fort que moi. Ça venait me déclencher. C’était inexplicable. 

Ma dernière relation - bien plus saine, m’a apaisé, m’a guéri. En partie. Même si j’étais moins toxique, il m’était toujours extrêmement douloureux de le voir avec ses compagnes passées - avec qui il était resté en contact. Il n’y avait plus rien entre eux, mais la comparaison était inévitable. J’appréhendais plusieurs jours avant ces moments, ces restaurants prévus. J’essayais de me calmer, mais le stress m’envahissait plusieurs heures avant. Et sur le moment, c’était une lutte contre moi-même. Ne pas craquer, ne pas me comparer. Inévitablement, ça les a éloigné. Et en ça, je le sais, j’ai été toxique. Sur le moment, je le lui disais. Je m’excusais, mais c’était plus fort que moi. 

Et alors je me demande : aurait-il dû rompre pour cela? Pour ce trait toxique que j’avais - ce trait que j’ai sûrement encore ? Ou n’est-ce pas inévitable, dans une relation humaine entre deux êtres ? 

C’était une relation saine, et pourtant il y avait ce hic. Cela justifie-t-il, comme on l’entend aujourd’hui à outrance, de se séparer ? Au moindre défaut, à la moindre faille

Je me demande réellement : n’en avons-nous pas tous, des failles? Alors quoi, faudrait-il que nous réglions d’abord toutes nos parts sombres avant de pouvoir être en relation? N’est-ce pas justement le couple, qui permet de guérir et de transmuter ces souffrances? Parce que ces parts toxiques, ces parts d’ombre, j’en suis persuadée, ne sont que des blessures encore trop intenses. 

Car je crois profondément que c’est inespéré, d’attendre d’être complètement guéri, complètement sain, complètement apaisé pour s’autoriser l’amour. 

J’ai 27 ans, et je pense avoir encore des failles. De nombreuses failles. Heureusement que je n’ai pas attendu. J’aurai raté 3 magnifiques relations, et de nombreuses leçons. Ces mêmes relations qui m’ont fait grandir et ont apaisé ma toxicité - justement. 

Et je crois que ça n’a rien à voir avec le fait de poser ses limites, énoncer ses besoins et savoir ce que l’on mérite. Je n’accepterai plus, désormais, une relation malsaine comme celle dans laquelle j’ai été. Parce que j’ai évolué, parce que j’ai compris. Et parce que mes critères ont augmenté. 

Mais je n’attends pas un homme sans faille, un homme « parfait », un homme avec aucune part d’ombre. 

Comment le pourrais-je, sachant que j’en ai moi-même? 

Je ne recherche pas un prince charmant, je cherche un homme vivant. Un homme mûr, mature mais qui aura forcément eu son lot de blessures. Comme nous tous. Alors je crois profondément que nous devrions arrêter de lisser nos personnalités, afin de coller à ce qui est socialement accepté. 

Le féminisme - et dieu sait que je l’aime, a mis en lumière les abus que nous, femmes, avons subi. Des choses graves, des choses infâmes. Il a mis en lumière le peu de place que nous prenions dans le couple, et dans la société en général. Il a mis en lumière les inégalités auxquelles nous faisons encore face chaque jour. En cela, c’est magistral. Car c’est une façon de nous libérer du poids des siècles passés. Ce sera long, mais le travail est entamé. 

Mais ne tombons pas dans l’excès. Nous avons remis le doigts sur notre puissance, notre valeur et notre place, mais accordons aux hommes le droit de la vulnérabilité. Le droit d’avoir des faiblesses, le droit d’avoir des failles, le droit de ne pas être parfait. 

Ne devenons pas trop dures avec eux. Ni avec nous-même. Le comportement de notre partenaire ne définit pas la personne que nous sommes. 

Pendant longtemps, j’ai eu honte de raconter à mes amies les erreurs qu’avaient faites mon ancien compagnon. Les mots durs qu’il avait parfois utilisés lors d’une dispute, le comportement qu’il avait eu avec moi en public… Je n’aurai pas dû.

J’avais peur qu’elles me disent de partir, de ne pas accepter. J’avais peur qu’elles me disent que je ne le méritais pas. J’avais peur que d’une seconde à l’autre, ma relation devienne malsaine et toxique à leurs yeux. Pour un mot, un comportement. Alors que non.

La relation toxique, c’est celle qui s’infiltre chaque jour dans le quotidien. C’est celle qui devient normale, qui devient banale. C’est celle qui fait se sentir plus bas que terre, et à la fois plus belle que jamais. Non, ce sont bien deux choses différentes. 

Une relation toxique, malsaine, dont il faut - si on le peut, partir. 

Une relation saine, dans laquelle deux êtres humains peuvent avoir des comportements toxiques - du fait de leurs blessures et de leurs failles. 

Je crois profondément que la nuance est importante.

J’espère de tout cœur que cet article aura résonné chez vous. Ce n’est pas un sujet facile, c’est même un sujet touchy à aborder. Néanmoins je trouvais important d’en parler et de libérer la parole à ce sujet, afin d’être un peu plus apaisé.es. 

Je vous embrasse, 

À mardi prochain, 

Florine 

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(Ne pas) lui laisser la place d’être un homme à mes côtés : l’erreur que j’ai faite dans ma relation passée

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