Les abus sexuels (totalement banalisés) que j’ai vécus

J’ai mis du temps à comprendre que ce que j’avais pu vivre étaient, en réalité, des abus sexuels. Pas parce que je les avais oublié, mais parce que je n’étais même pas consciente que ça en était. 

Je croyais que c’était normal. Que ça arrivait à tout le monde. L’idée que ça puisse être un abus ne m’avait même pas traversé l’esprit. 

Je m’en suis rendue compte autour de mes 25 ans, en en parlant avec des amies. C’est elles, qui m’ont fait réaliser que ce n’était pas normal.

Que ce n’était pas rien, que ce n’était pas des chichis ou une histoire de féminisme. 

Que c’était juste une histoire de respect, de consentement et de limite. Quel que soit le cadre de la relation dans laquelle cela s’est passé. 

Je tiens à préciser que je n’ai en rien envie de lancer une vendetta contre les hommes ni de pointer du doigt. Je n’ai aucune haine envers ceux qui m’ont fait ça. Je ne leur en veux pas.

Je pense profondément que certains ne savaient même pas, ne se rendaient même pas compte. Je ne dis pas que ça excuse, néanmoins je pense que ça explique.

Et puis, si je suis honnête, j’ai moi-même pu dépasser certaines limites avec mes partenaires. Le rapport de force n’est pas similaire, certes, mais en tout cas loin de moi l’idée de dire que je suis parfaite. 

Bref. 

En en parlant, je me suis rendue compte que beaucoup de femmes avaient vécu la même chose, sans arriver à mettre de mots dessus pour autant. Sans se rendre compte de l’impact que cela pouvait avoir. 

Car c’est bien ça, la raison pour laquelle je souhaite en parler : on ne s’en rend parfois pas compte, mais c’est un énorme poids à porter. C’est une gêne, une honte, dont il est difficile de se débarrasser.

C’est un traumatisme ancré dans notre corps qui nous suit, nous poursuit, jusque dans nos relation intimes. 

Quoi que l’on vous dise, ce n’est pas rien.

Peu importe que vous décidiez d’en vouloir à la personne qui vous a fait ça, je pense que le plus important est de le faire remonter à la surface pour vous-même : pour le libérer et vivre des relations plus légères et apaisées. 

Mon premier abus : un réveil en pleine nuit

Quand je pense aux abus, celui-ci me vient en premier. Je ne sais pas pourquoi.

Peut-être parce que c’est celui que j’ai le plus banalisé. 

Parce qu’il avait lieu dans le cadre d’une relation longue, avec mon copain de l’époque. J’étais jeune alors je croyais que c’était normal.

Ce n’est même pas que les gens autour me disaient que ce n’était rien : c’est que je n’en parlais même pas.

Pas par peur, mais parce que ce n’était même pas un sujet pour moi. 

Me faire réveiller, en pleine nuit, en train de me faire pénétrer.

Parce qu’il avait décidé qu’il en avait envie. Sans me demander, sans prendre la peine de me réveiller. 

J’ai vraiment, vraiment, vraiment cru que c’était normal. Que c’était ça, la passion entre deux personnes. Que c’était ce qu’il fallait faire, pour garder un homme. Être disponible, en tout temps. Dès qu’il le souhaitait. À n’importe quelle heure, n’importe quel endroit. 

Honnêtement ça a eu des effets tellement plus profonds. Des effets inconscients, mais qui m’ont suivi pendant longtemps :

La sensation de n’être valable que pour mon physique

La sensation de n’être utile que pour le sexe.

La sensation de n’être « qu’un trou ».

De devoir être ouverte, peu importe mes envies et mes désirs. 

Parce que le pire c’est qu’il y avait une sorte de culpabilité si je me plaignais. Il me le disait : « pourquoi tu fais ta casse couille comme ça », « ça va, t’as rien à faire, c’est moi qui fait tout », « untel elle le fait avec son copain et elle ne se plaint pas »… 

Et je pense profondément qu’il ne le faisait même pas exprès. Qu’il ne voulait pas abuser de moi, qu’il ne voulait pas me rabaisser et me traiter comme une moins que rien. Parce que je pense juste que pour lui, c’était normal. 

Mais quels effets ça a eu : j’ai cru (et crois encore dans une certaine mesure), devoir être toujours là pour satisfaire mon copain.

Être disponible, ne pas me plaindre, dire oui. C’est horrible. Pourtant, je connais tellement de femmes à qui c’est arrivé.

Alors j’espère tellement pouvoir faire passer le message que non, ce n’est pas normal. 

Mon second abus : finir dans la bouche, sans demander

Ça aussi, c’est banalisé. Pourtant c’est un terrible manque de respect.

Et je ne peux plus entendre cet argument « Oui ,mais ça revient au même quand vous jouissez pendant un cunnilingus ».

Non. Déjà physiquement non, et symboliquement encore plus non. 

Demander est la moindre des choses. Obtenir le consentement est la moindre des choses.

Pour un acte si intime, si lourd de sens. Et ce n’est pas parce que j’ai dis oui à autre chose que j’ai dis aussi oui à ça. 

Là encore, ça donne la sensation de ne pas être respectée, de n’être qu’un réceptacle, qu’un trou. 

Parce que cet acte, ce n’est pas rien. Je crois que d’une certaine façon, c’est encore plus intime qu’une pénétration.

Et encore une fois, critiquer si on dit non n’est pas une option. J’ai mis du temps à le comprendre, mais on peut vouloir « donner » une partie de notre corps sans pour autant vouloir en donner une autre.

Ce n’est pas parce que je décide de m’ouvrir à quelqu’un qu’il a le champ des possibles.

À tout moment, je peux dire non.

À tout moment, je peux dire stop. 

Et ce n’est pas être « chiante », « pas drôle » (on me l’a si souvent dit), c’est juste respecter ses envies et ses propres limites. 

C’est valable pour la bouche, ainsi que pour d’autre parties. 

Mon troisième abus : dire oui car l’autre insiste

Un que j’ai aussi beaucoup vécu, c’est celui-ci : dire non, et finir par le faire car l’autre insiste. 

J’ai moi-même longtemps cru au fameux « il faut parfois se forcer pour avoir envie ». Mais cette phrase est tellement antinomique en elle-même. L’envie doit venir seule, sans forcer. Elle peut être stimulée, mais jamais obligée. 

Et là aussi, il y a tellement d’injonctions autour de ça : « tu n’as jamais envie », « untel il le fait x fois par semaine avec sa copine »… 

Résultat : ça fait culpabiliser.

Et on le fait.

En tout cas moi, je l’ai fait.

Sans en avoir envie. Sans prendre de plaisir. 

Encore une fois, je me répète désolé, mais ça donne la sensation de n’être valable que pour ça. De devoir satisfaire.

À 27 ans j’ai le recul pour dire ça aujourd’hui, mais à 18 ans ? À 20 ans? À 24 ans? Non, je croyais tout ce qu’on me disait.

Je me croyais chiante, je me croyais trop peu conciliante. Je me croyais égoïste, comme si je ne pensais pas assez à lui. 

Le pire, c’est qu’encore aujourd’hui quand je pense à tout ça, j’ai du mal à poser le terme « d’abus » dessus. Pourtant ça en sont bien.

Et encore je n’ai pas tout cité, pas tout raconté.

Je ne parle pas de ceux qui nous montrent leur sexe sans qu’on leur ai demandé.

Je ne parle pas de ceux qui nous bloque dans un coin pour nous impressionner.

Je ne parle pas de ceux qui nous touche dans le métro en toute impunité.

Quelle femme de ce monde n’en a jamais vécu, réellement ?

C’est tellement banalisé, et d’autant plus dans le cadre d’une relation longue. Parce qu’il y a, au fond, la croyance d’être redevable à son copain. Que ça fait partie du « package ».

De ce qu’on doit faire, en temps que partenaire. 

Pourtant je vous assure que non. Personnellement, prendre conscience de tout ça m’a permis de comprendre certains de mes comportements actuels et m’a libéré d’une telle pression.

Ça m’a reconnecté à mes envies, mes désirs, mes choix.

Ça m’a rendu ma puissance personnelle, en partie en tout cas.

Même si ces exemples précis ne vous ont peut-être pas concernés, j’espère sincèrement que ces lignes auront pu résonner. J’ai essayé d’y partager le plus de choses à cœur ouvert. C’est ce que j’aurai aimé lire, moi aussi, 10 ans en arrière. 

Je vous embrasse fort, 

À mardi prochain, 

Florine 

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