Ma vision de la manifestation : un terme très à la mode
La manifestation, un terme bien à la mode. Et il y a de quoi. Je crois que nous essayons de poser des mots sur un pouvoir - jusque-là insoupçonné, que nous avons tous en nous.
Mais n’en faisons nous pas un peu trop?
Ne posons-nous pas des mots sur quelque chose de simple, que nous faisons tous naturellement depuis la nuit des temps ?
Ne créons-nous pas de nouvelles méthodes pour essayer de faire rentrer cela, encore une fois, dans un moule ?
N’essayons-nous pas de donner des clefs de manifestation générales, alors qu’elle relève du for intérieur de chacun et de notre singularité propre ?
Avec le recul, je manifeste depuis des années. Depuis mes 18 ans, environ. Je ne savais juste pas que ça avait un nom.
Je le faisais naturellement, sans y mettre de conscience. Et je crois que c’est le cas de tout le monde. Je crois que ce n’est pas quelque chose qui doit être réfléchi, travaillé. Je suis profondément persuadée que nous manifestons tous notre réalité, à chaque instant, mais de manière différente.
Je suis rentrée dans ce piège, moi aussi. Et je l’ai moi-même transmis. De suivre des règles bien établies, pour manifester nos désirs les plus profonds et les plus intimes : ressentir ce que je veux ressentir, comme si c’était déjà là. Écrire, ce que je veux voir apparaître dans ma vie. Remercier, pour ce qui est déjà là.
Chaque matin, pendant plusieurs mois, je m’asseyais, fermais les yeux et répétais ces gestes. Ça ne m’a apporté que déception et frustration. Parce que personnellement, cette méthode de manifestation ne me parlait pas. J’avais l’impression de forcer le destin, de forcer ma gratitude, de forcer mes désirs futurs à naître avant même qu’ils n’apparaissent. « Il faut que vos désirs soient clairs, sinon vous ne pourrez rien créer ». Quelle angoisse.
Une injonction, encore. Savoir où l’on va, connaître chacun de nos désirs, de nos besoins. Difficile, pour quelqu’un qui commence à peine à savoir qui elle est. Et puis, nos désirs ne changent-ils pas constamment? En fonction des circonstances, de la vie, du temps?
Finalement, j’ai réussi à manifester ce que je souhaitais, mais dans la douleur. Dans l’impatience, dans la frustration. « Je le fais chaque matin, et ce n’est toujours pas là. Que dois je faire de plus ? Qu’est ce que je fais mal ? ». Oui, j’ai fini par l’avoir, ma maison dans les montagnes. Mais à quel prix ?
Puis j’ai compris. Je n’ai jamais manifesté de cette façon. Ce que j’ai toujours fait, depuis petite, c’est écouter de la musique et rêver. M’inventer une vie, un groupe d’amis, une folle histoire d’amour, et partir. Un peu comme une vie parallèle, qui revient dès que je mets la musique. Et je le vis vraiment. Je suis dedans.
Il n’y a pas forcément de visage, mais j’entends les dialogues, chaque phrase, chaque mot. Je crée mon histoire. Si elle ne me plaît pas, je la modifie. Et je reprends. Jusqu’à ce qu’elle soit parfaite. Jusqu’à ce qu’elle soulève mon cœur et me fasse sourire. Je ressens tout. Toute la joie que je me crée, les yeux fermés, je la sens en moi.
Et c’est là que j’ai compris. C’est en me créant des scénarios, dans ma tête, que je manifeste.
Avec du recul, c’est comme ça, que j’ai créé une de mes histoires d’amour. C’était l’été. Je passais mes journées à bronzer, au bord de la piscine, à écouter la musique. À cette époque, j’étais triste. Je venais de sortir d’une grosse rupture. Alors chaque jour, je m’évadais. Je m’inventais une vie, au Mexique, avec un garçon. Il n’avait pas de visage, mais je vivais cette histoire comme si j’y étais. Je pouvais la modeler comme je voulais. À chaque étape. C’était comme un jeu pour moi. Un échappatoire.
Et deux mois plus tard, j’ai rencontré quelqu’un. Pas au Mexique, mais le fond était tellement là.
Dans mon rêve, parce que j’appelle cela un rêve, je m’imaginais tomber amoureuse d’un garçon que je connaissais déjà, de longue date. Avoir, d’un coup, la révélation que c’était bien plus qu’un ami. Je me voyais résister, parce que je ne voulais pas y croire.
Pourquoi mon désir était-il celui là? Je ne sais pas. Je laissais partir mes pensées et prenais ce qui venait. Je ne contrôlais rien. Je ne maîtrisais rien. Et c’est peut-être ça, la clé de la manifestation. Je ne connaissais pas ce terme, alors je ne faisais rien consciemment.
Je ne mentalisais pas le fait que ces rêves expriment mes désirs profonds. Juste je les vivais. Intensément. Comme s’ils étaient vraiment là. Mais parce que c’était vraiment ça pour moi : une vie parallèle, une fois mes yeux fermés.
Je le fais encore, aujourd’hui. Mais ça n’a plus la même saveur. Avant, j’appelais ça « rêver ». Aujourd’hui, j’appelle ça manifester.
Parce que désormais, je sais ce que je fais. Et c’est difficile de ne pas essayer de contrôler. Parce que je sais que, désormais, mes rêves vont devenir réalité. D’une façon ou d’une autre. Ces scènes que j’imagine, je sais que je vais les créer. Même si je ne le voulais pas, je le ferai. Parce que c’est de cette façon que mon processus de manifestation fonctionne.
Peut être que pour d’autres, ce sera de réaliser un vision board. Pour d’autres encore, de méditer chaque jour et d’imaginer sa vie future, ses rêves comblés. Je crois qu’avant tout, c’est du plaisir qu’il faut.
Encore aujourd’hui, lorsque je me crée des histoires dans ma tête, ce n’est jamais pour manifester. C’est parce que ça me plaît, parce que je ne sais pas vivre autrement. Parce que c’est quelque chose que j’ai toujours fait, naturellement.
On m’a toujours dit rêveuse, c’est peut-être ça. Mais je suis sûre qu’il y a des gens, à qui ça ne conviendrait pas.
Je crois que la clé, vraiment, est de se détacher de toutes ces méthodes. C’est dur, de dire à quelqu’un qu’il n’y a pas de règle. Pas de façon de faire. C’est moins vendeur.
Pourtant, je réalise seulement aujourd’hui que c’est en essayant plusieurs méthodes que l’on trouve la sienne. Et ce n’est pas agréable à dire. Parce que ce n’est pas ce que nous voulons entendre. Nous souhaitons tous connaître chaque étape, détaillée, pour y arriver. Avoir la notice, le modèle. Mais ce serait un mensonge que d’en donner. Ça ne peut-être que des clefs, qui nous parleront, ou non.
À mardi pour un prochain article,
Florine